Le débat qui a suivi les travaux de l’Assemblée générale extraordinaire de la Fédération Royale Marocaine de Kickboxing, Muay Thaï, Savate et Disciplines Assimilées ne se limite plus à un simple différend organisationnel entre différentes composantes d’une institution sportive. Selon le Comité des membres démissionnaires du Bureau Directeur, il s’agit désormais d’une question qui touche à la nature même de la gouvernance des institutions sportives nationales et aux limites du respect de la légalité dans leur fonctionnement.
Pour le Comité, l’enjeu ne porte pas uniquement sur l’adoption de modifications statutaires ou sur la gestion d’une étape organisationnelle ponctuelle. Il concerne avant tout le respect des principes de légalité, d’égalité et de transparence qui constituent le socle de toute pratique démocratique au sein des fédérations sportives.
Le Comité estime que les événements ayant marqué l’Assemblée générale tenue à Casablanca le 27 juin 2026 doivent être replacés dans un contexte plus large, celui de l’évolution de la gouvernance sportive au Maroc, où les exigences de transparence et de bonne gestion occupent désormais une place centrale dans l’évaluation des institutions sportives. Dès lors, les faits relevés, selon lui, ne sauraient être considérés comme de simples irrégularités procédurales, mais comme les symptômes de dysfonctionnements plus profonds susceptibles d’affecter la crédibilité de l’institution ainsi que la confiance des associations affiliées.
Dans son analyse juridique, le Comité fait remonter les premières difficultés au processus même de convocation de cette Assemblée générale. Il souligne que le communiqué officiel n°26/142, daté du 10 juin 2026, annonçait expressément la tenue de l’Assemblée conformément aux dispositions de l’article 20 des statuts. Or, cet article faisait précisément l’objet de contestations quant à sa légalité. Selon le Comité, l’objectif affiché de cette Assemblée consistait justement à examiner sa modification conformément aux procédures légales, et non à s’appuyer sur lui comme fondement juridique de la réunion.
Pour le Comité, cette contradiction dépasse la simple erreur formelle et soulève une interrogation fondamentale sur la régularité de toute la procédure ayant précédé la tenue de l’Assemblée. Il ajoute que la tentative de correction opérée par un second communiqué publié le 16 juin 2026 sur la page Facebook officielle de la Fédération, sans notification officielle aux associations selon la même procédure que le premier communiqué, soulève des interrogations relatives au principe d’égalité dans l’information ainsi qu’à l’égalité des chances des associations pour accéder aux documents régissant cette échéance.
Concernant le déroulement des travaux, le Comité affirme avoir constaté et documenté la participation d’associations qu’il considère dépourvues de la qualité juridique leur permettant d’assister à cette Assemblée. Selon sa version, ces associations auraient bénéficié d’affiliations réalisées en dehors des règles prévues par le règlement intérieur et auraient obtenu des cartes d’accès alors que le communiqué officiel limitait la participation aux seules associations présentes — ou habilitées à être présentes — lors de l’Assemblée générale élective du 25 décembre 2025 à l’Institut Royal de Formation des Cadres Moulay Rachid.
À l’inverse, le Comité affirme que plusieurs associations qu’il estime remplir toutes les conditions légales se sont vu refuser l’accès à la salle faute de cartes d’entrée, alors même qu’elles n’auraient jamais reçu les convocations leur permettant d’obtenir ces cartes. Selon lui, cette situation soulève une question fondamentale quant au respect du principe d’égalité entre les membres affiliés et à la garantie de leur droit à participer aux décisions déterminant l’avenir de leur Fédération.
Parmi les éléments jugés les plus préoccupants, le Comité évoque les déclarations du président de la Fédération lors de son allocution d’ouverture. Celui-ci aurait reconnu, en présence de représentants du ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports ainsi que du Comité National Olympique Marocain, avoir autorisé des associations ne disposant pas du droit de participation à prendre part aux travaux de l’Assemblée. Si ces propos étaient confirmés, le Comité considère qu’ils constitueraient un aveu explicite d’un manquement aux règles fixées par le communiqué officiel lui-même.
Le Comité établit également un lien entre cette déclaration et les protestations qui ont marqué le déroulement de la réunion. Selon lui, les tensions observées ne traduisaient pas un simple désaccord ponctuel, mais le sentiment d’une partie importante des associations que les règles de la compétition démocratique n’étaient plus appliquées de manière égale à tous, certaines décisions paraissant davantage répondre à des équilibres particuliers qu’à l’intérêt général de l’institution.
Le Comité relève également le maintien du nouveau logo de la Fédération malgré la persistance des contestations juridiques relatives à son adoption, ainsi que le retard de plus de trois heures enregistré avant l’ouverture officielle des travaux, un facteur qui aurait contribué, selon lui, à accentuer les tensions et à détériorer le climat général de cette réunion.
Il ajoute que plusieurs présidents d’associations auraient subi, selon leurs témoignages, des comportements jugés humiliants et provocateurs de la part d’agents chargés de la sécurité. Si ces faits étaient établis, ils seraient difficilement compatibles avec les principes de respect mutuel qui devraient encadrer les réunions officielles des institutions sportives et garantir la liberté d’expression et de participation.
Le Comité soulève également la présence importante de personnes qui, selon lui, ne disposaient d’aucune qualité juridique leur permettant d’assister à l’Assemblée, estimant que cette présence pouvait influencer le déroulement des débats et leurs résultats. Il évoque également une distribution sélective des cartes d’accès au profit d’associations considérées comme proches de la direction, ainsi que l’intervention présumée de certains conseillers dans la gestion des équilibres internes entre ligues régionales et associations. Autant d’éléments qui, selon lui, justifient une vérification institutionnelle indépendante afin de préserver la crédibilité de l’ensemble du processus.
Pour le Comité, cette affaire dépasse largement le cadre d’une Assemblée générale particulière. Elle pose une question fondamentale sur l’avenir de la gouvernance des fédérations sportives marocaines. Car une institution sportive, quels que soient ses succès techniques, ne peut durablement fonctionner sans une légitimité juridique et éthique reconnue par l’ensemble de ses composantes. La solidité d’une institution ne se mesure pas uniquement aux décisions qu’elle adopte, mais également à la manière dont celles-ci sont prises et au sentiment partagé par tous les membres que leurs droits sont protégés sur un pied d’égalité.
Dans cette perspective, le Comité des membres démissionnaires annonce qu’il porte ces éléments à la connaissance de l’opinion publique sportive nationale et appelle le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, ainsi que l’ensemble des autorités compétentes, à ouvrir une enquête indépendante et approfondie sur tous les faits qu’il estime avoir entaché cette Assemblée générale, afin que les conséquences juridiques éventuelles soient déterminées à la lumière des conclusions de cette enquête, dans le respect de la légalité, des droits des associations affiliées et des principes de bonne gouvernance, de transparence et de reddition des comptes.
Selon le Comité, l’avenir du sport marocain ne se construit pas uniquement sur les rings et les aires de compétition. Il commence avant tout par le respect du droit au sein des institutions qui administrent cette pratique. Lorsque les règles de fonctionnement deviennent elles-mêmes contestées, la crise dépasse le simple désaccord administratif pour devenir un véritable test de la capacité des institutions à préserver la démocratie interne et la confiance des acteurs sportifs. Dès lors, la véritable question soulevée par cette séquence dépasse largement une seule Assemblée générale : comment construire un sport national fort et compétitif sur la scène internationale lorsque la légitimité de ses institutions demeure contestée et que la confiance dans leurs mécanismes de gouvernance reste à reconstruire ?


